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L'Entreprise N°158 Dossier "les Gourous du Management"
Le Monde des Initiatives Mars 98 |
Lanalogie entre patron et chef dorchestre séduit à nouveau Management. La métaphore, ancienne, reprend vigueur aujourd'hui. Elle compte de chauds partisans, mais aussi ses détracteurs
analogie séduit assez les chefs d'entreprise actuels pour que l'offre des cabinets conseils la développe. Patron-chef l'orchestre, les deux fonctions présenteraient de nombreux points communs. La métaphore est séduisante a priori. Moins agressive en tout cas que les habituelles incitations guerrières -allié, ennemi, cible...- et plus accrocheuse intellectuellement que les invitations californiennes à se dépasser en sautant à l'élastique ou en marchant sur des braises. Il s'agirait ici d'harmonie. L'idée n'est pas nouvelle. Fin des années7O, l'université d'Ottawa proposait déjà à ses étudiants en gestion un cours où ils visionnaient des répétitions, tout en devisant à la fois sur les qualités de Pablo Casais, violoncelliste, à diriger un orchestre et celles nécessaires à la bonne gestion d'une entreprise. Peter Drucker, considéré par beaucoup comme le pape du management, s'intéresse depuis longtemps à la démarche, l'évoquant dans certains de ses ouvrages. En tout cas, le marché semble aujourd'hui reprendre vigueur. Benjamin Zander, à la tête de l'Orchestre philharmonique de Boston, anime des séminaires réputés où se précipite la crème des patrons américains. Et ceux qui ratent cette opportunité ont le loisir d'acheter la cassette vidéo du maître. Les consultants de Coopers & Lybrands font ainsi partie de ses fidèles stagiaires. five star hotel in SiofokEn France, plusieurs organismes de formation proposent des rencontres et journées d'études où des responsables, de ressources humaines le plus fréquemment, assistent à une répétition et au concert final. AS Conseil travaille depuis quatre ans avec Volker Hartung, directeur artistique du JPK Orchestre de la Philharmonie de Cologne. Demos Formation va jusqu'à proposer aux cadres présents des jeux de rôle, une fois la prestation de l'artiste - un jeune chef d'orchestre français - achevée. Sans oublier bien sûr toute la littérature et les entretiens avec les stars de la profession qui conviennent assez facilement de la justesse de la comparaison. COMPETENCE En novembre 1995, le magazine Enjeux publiait ainsi une interview de Jean-Claude Casadesus, directeur de l'Orchestre national de Lille, titrée-. " La leçon de management d'un chef d'orchestre ", où l'artiste insistait sur la nécessité " que chaque musicien, chaque personne qui travaille dans l'entreprise, ait le sentiment dêtre associé à l'action ". " Le chef d'orchestre ne doit pas être un démiurge mégalomane, ajoutait-il, rappelant qu'in fine la seule autorité était la compétence. " Organisateurs et stagiaires tombent en tout cas d'accord sur un point - pas question de tirer de l'ensemble de ces expériences un quelconque modèle transférable à l'entreprise. " C'est plutôt l'occasion pour un cadre ou un dirigeant de s'interroger sur ses pratiques, en utilisant ce moment très dense d'interaction avec un chef d'orchestre et ses musiciens ", explique Annick Séguy, directrice d'AS Conseil. " On se rend compte qu'il n'y a pas une seule situation management, relève Gérard Rouquié, directeur d'Agefos PME Ile de France (organisme gestionnaire des fonds de la formation professionnelle pour les PME) qui a suivi avec d'autres participants Volker Hartung pendant deux jours à Cologne. Il est bon de savoir changer de style si nécessaire." Car le mot " harmonie ", qui revient régulièrement pour qualifier le travail d'un chef d'orchestre, n'empêche pas les conflits. Au cours d'une des répétitions, à Cologne, Gérard Rouquié se souvient de la manière dont Volker Hartung a "viré, " deux musiciens, tout en étant très proche d'eux lors du concert. " Je crois que ce travail d'organisation est de loin le plus difficile, explique le chef d'orchestre allemand qui dit ne pas angoisser pour la représentation finale. Il est indispensable de tenir compte de la psychologie de chaque musicien. Chacun a une partition à jouer, que ce soit le premier violon ou le triangle. Aucun ne doit se tromper sous peine de pénaliser l'ensemble de l'orchestre. " Cette idée d'organisation complexe, de la motivation individuelle qui pèse sur le résultat final, de bien coordonner les efforts sans injustice est souvent évoquée pour justifier du regain actuel de la métaphore. Catherine Augereau, responsable formation du Groupe Flo, qui a fait elle aussi le déplacement en Allemagne, se souvient de ce moment fort où " l'orchestre a joué tout seul, Volker Hartung avait posé sa baguette. Il avait entièrement délégué. Et ça a très bien fonctionné". Malgré tout, la comparaison a ses limites. Beaucoup trop de chefs d'orchestre se défendent d'être des autocrates pour que la réalité ne transparaisse pas un peu à travers le mot. " C'est une des raisons qui explique pourquoi nous ne proposons aucun stage de ce style, explique-t-on à la Cegos, cabinet conseil. Nous pensons que le management à la baguette est Chambre Porto Hotelantinomique avec les responsabilités d'un patron qui doit plutôt libérer la créativité et l'initiative. " D'ailleurs Peter Drucker préfère évoquer l'orchestre de jazz quand il compare management et direction d'orchestre. Parce que la prédominance passe d'un musicien à l'autre en fonction de son instrument particulier et non de son rang dans l'équipe. Mais le gourou ne dit pas s'il va jusqu'à accepter l'improvisation.
Marie-Béatrice Baudet in Le Monde - Mars 1998
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